08 décembre 2005
Dossier spécial: Paul Emile Bécat illustrateur érotique
Paul Emile Bécat fut un illustrateur prolixe et plutôt talentueux: il illustra des oeuvres telles que les Ragionamenti (1534) de Pietro Aretino dit l'Arétin, les Vies des Dames galantes (1665) de Brantôme, Les Liaisons dangeureuses (1782) de Choderlos de Laclos, des poèmes du recueil Les Amies (1884) de Verlaine, et le mystérieux livre La secte des Anandrynes.
Tour à tour sensuelles ou pornographiques, ces illustrations traduisent à la fois la multiplicité des formes sous lesquelles apparaît l'amour lesbien dans la littérature (souvent considéré comme un amour par défaut) et les fantasmes auxquels l'artiste a laissé libre cours, à travers sa propre interprétation des oeuvres.
"Pensionnaires", par Paul Verlaine (recueil Les Amies)
L'une avait quinze ans, l'autre en avait seize ;
Toutes deux dormaient dans la même chambre.
C'était par un soir très lourd de septembre :
Frêles, des yeux bleus, des rougeurs de fraise.
Chacune a quitté, pour se mettre à l'aise,
Sa fine chemise au frais parfum d'ambre.
La plus jeune étend les bras, et se cambre,
Et sa sœur, les mains sur ses seins, la baise,
Puis tombe à genoux, puis devient farouche
Et tumultueuse et folle, et sa bouche
Plonge sous l'or blond, dans les ombres grises ;
Et l'enfant, pendant ce temps-là, recense
Sur ses doigts mignons des valses promises,
Et, rose, sourit avec innocence.
Les Vies des Dames Galantes, par Brantôme
J'ay oüy conter qu'un grand Prince, se doutant de deux Dames de sa Cour qui s'en aydoient, leur fit faire le guet si bien qu'il les surprit , tellement que l'une se trouva sasie et accommodée d'un gros entre les jambes, gentiment attaché avec de petites bandelettes à l'entour du corps, qu'il sembloit un membre naturel. Elle en fut si surprise qu'elle n'eut loisir de l'oster ; tellement que ce Prince la contraignit de lui monstrer comment elles deux se le faisoyent.
On dit que plusieurs femmes en sont mortes, pour engender en leurs matrices des apostumes faites par mouvemens et frottemens point naturels. J'en scay bien quelques-unes de ce nombre, dont ç'a esté grand dommage, car c'estoyent de très-belles et honneste Dames et Damoiselles, qu'il eust bien mieux vallu qu'elles eussent eu compagnie de quelques honnestes Gentilshommes, qui pour cela ne les font mourir, mais vivre et resusciter, ainsi que j'espere le dire aillleurs ; et mesmes, que, pour la guerison de tel mal, comme j'ay oüy conter à aucuns chirurgiens, qu'il n'y a ces membres naturels des hommes, qui sont meilleurs que des pesseres qu'usent les medecins et chirurgiens, avec des eaux à ce composées, et toutesfois il y a plusieurs femmes, ne nobstant les inconvenients qu'elles en voyent arriver souvent, si faut-il qu'elles en ayent de ces engins contrefaits.
Commentaires
très instructif, moi aussi j'aime beaucoup les dessins de Bécat, ils sont d'une "gaie coquinerie"
bonne continuation
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