02 février 2006
Bordels, maisons closes, lupanars...
Les filles publiques, perçues comme de très graves criminels, pouvaient
recevoir 300 coups de fouets (le nombre le plus élevé mentionnés dans
le "Code Alaric"), en plus de voir leur chevelure coupée. En cas de
récidive, la criminelle était vendue au marché des esclaves.
La politique face à la prostitution évoluera au cours du règne de
Saint-Louis. Elle sera tantôt prohibée, tantôt tolérée. Un édit de 1254
menacera d'extradition toute personne faisant indirectement ou non de
la prostitution son métier. Du fait de la répression, la prostitution
clandestine remplacera les maisons de débauches ouvertes à tous. Très
impopulaire, cet édit sera révoqué deux ans plus tard et remplacé par
un décret qui réglementera l'activité des filles publiques et les
boutera hors de l'enceinte de Philippe Auguste. Les dames de petite
vertu s'installeront dans des baraques en bords (planche) en dehors de
la ville, qui prendront le nom de bordes. Elles mêmes seront baptisées
filles bordelières. L'enceinte de Charles V intègrera les rues
spécialisées qui portaient les noms de Brise-Miche, Trace-putain (rue
Beaubourg), Gratte-cul (rue Dussoubs), Tire-Boudin (Marie-Stuart),
Bien-Fêtée, Hélène la Brette, Lucette aux yeux pers ...
Le Grand Conseil de 1358, décidera que "les pécheresses sont
absolument nécessaires à la Terra". Les municipalités et les élites des
royaumes, tels le clergé, prendront rapidement le contrôle de cette
activité qui sera limitée à certaines zones de la ville. Jeanne Ière,
reine des Deux-Siciles et tenancière d'un bordel en Avignon en 1360,
adoptera la première des mesures sanitaires. Ses filles seront
régulièrement contrôlées par des médecins et une abbesse. Cette
initiative permettra de renflouer les coffres du royaume. Voltaire
rapportera que l'évêque de Genève administrait tous les bordiaux de ses
terres. Dominique Dallayrac prétendra que la prostitution amènera plus
de richesse au clergé que tous leurs fidèles réunis. Saint-Thomas
d'Aquin mentionnera que des moines perpignanais organiseront une
collecte pour ouvrir un nouveau bordel dont ils vantaient le mérite;
"oeuvre sainte, pie et méritoire". Le pape Jules II fera construire un
bordel strictement réservé aux chrétiens en 1510.
Les femmes publiques du Moyen-Age étaient vêtues en bourgeoises,
elles-mêmes très libres, et exerçaient leur talent dans la plupart des
quartiers de Paris.
Hugues Aubriot, prévôt de Paris, ordonnera en 1367
- "que
toutes les femmes prostituées, tenant bordel en la ville de Paris,
allassent demeurer et tenir leurs bordels en places et lieux publics à
ce ordonnés et accoutumés, selon l'ordonnance de Saint Louis. C'est à
savoir : à L'Abreuvoir de Mascon (à l'angle du pont Saint-Michel et de
la rue de la Huchette), en La Boucherie (voisine de la rue de la
Huchette), rue Froidmentel, près du clos Brunel (à l'est du Collège de
France aboutissant au carrefour du Puits-Certain), en Glatigny (rue
nommée Val d'Amour dans la Cité), en la Court-Robert de Pris (rue du
Renard-Saint-Merri), en Baille-Hoë (près de l'église Saint-Merri et
communiquant avec la rue Taille-Pain et à la rue Brise-Miche), en Tyron
(rue entre la rue Saint-Antoine et du roi de Sicile), en la rue Chapon
(aboutissant rue du Temple) et en Champ-Flory (rue Champ-Fleury, près
du Louvre). Si les femmes publiques, d'écris ensuite cette ordonnance,
se permettent d'habiter des rues ou quartiers autres que ceux ci-dessus
désignés, elles seront emprisonnées au Châtelet puis bannies de Paris.
Et les sergents, pour salaire, prendront sur leurs biens huit sous
parisis."
Cette ordonnance restera lettre morte. L'auteur du Journal de Paris sous Charles VI et Charles VII écrira :
-
" la semaine avant l'Ascension fut crié, parmi Paris, que les ribaudes
ne porteroient plus de ceinture d'argent ni de collets renversés, ni de
pennes (plumes) de gris en leurs robes menuvair (fourrures de diverses
couleurs), et qu'elles allassent demeurer en bordel, ordonné comme il
était au temps passé".
Le prévôt de Paris Ambroise Delore, baron de Juilly, pourtant marié
à une très jolie femme ne manifestera aucun zèle particulier dans
l'application des ordonnances et entretiendra quatre concubines.
Le Parlement rendra plusieurs arrêts en 1480 et condamnera plusieurs
femmes publiques à la prison et une amende arbitraire, ensuite au
bannissement. Un écrivain du XVème comptera environ cinq ou six mille
belles filles dévouées à la prostitution à Paris. Antoine Astezan,
poète italien, rapportera le propos suivant à son retour d'un séjour à
Paris : -" J'y ai vu avec admiration une quantité innombrable de filles
extrêmement belles. Leurs manières étaient si gracieuses, si lascives,
qu'elles auraient enflammé le sage Nestor et le vieux Priam".
De nombreuses villes françaises feront construire un bordel public
financé par les deniers municipaux et tenu par une abbesse ou à un
tenancier. Les étuves deviendront également des maisons de tolérance,
malgré de nombreuses interdictions.
La Préfecture de Police de Paris élaborera la réglementation des
maisons de tolérance, reconnaissables par un gros numéro peint sur
verre de couleur. Les maquerelles devront donner tout le nécessaire
pour les soins de propreté à leurs filles et disposer d'une salle de
visite pour le médecin du contrôle sanitaire qui examinait chaque
préposée deux fois par semaine.
Les maisons closes étaient de plusieurs natures. Les maisons de
rendez-vous étaient essentiellement fréquentées par les bourgeoises
mariées qui travaillaient à heures fixes et percevaient la moitié de la
somme versée par le client. Les maisons ouvertes, que les filles ne
fréquentaient qu'aux heures de travail, percevaient une redevance de
leur part. Les maisons d'abattage, essentiellement implantées dans les
quartiers de Saint Paul et de la Chapelle, travaillaient sur la
quantité au détriment de la qualité. Les bordels chics, tels le
Chabanais de Madame Kelly près de la Bibliothèque nationale, recevaient
le gratin du clergé, de l'aristocratie et de la bourgeoisie européenne
dans un cadre somptueux. Les brasserie de filles verront le jour durant
la Belle-Epoque. Les préposées servaient à table et montaient dans les
chambres à la demande.
Les maisons clandestines et les studios de passades verront le jour
après le vote de la loi Marthe Richard qui entraînera la fermeture des
maisons closes. Cette loi interdira le racolage qui deviendra un délit
et élargira la définition du proxénétisme qui sera sévèrement puni.
Source : Insecula
Illustrations : de haut en bas et de gauche à droite : Degas; Degas; Corinth; Picasso; Toulouse-Lautrec; Gerda Wegener (choix non exhaustif)
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